Exclusif : l´inventeur du concrete
accepte de tout dire !
Alain Fraval, le grand architecte des Réseaux Ferrés Réunis (ReFeRe), professe un goût immodéré pour les situations invraisemblables, toujours décrites avec un luxe de détails et un humour froid qui comble d´aise de rédac chef de Ptitrain et Doc Toofoo lui-même (allez voir la fantastique plaque tournante ReFeRe !). Monsieur Fraval nous fait le plaisir de se laisser inviter dans nos pages pour décrire son matériau de ReFeRence, le concrete ®...
Le carton peut faire un carton ...
Pourquoi cet article, d´abord ?
Parce que Jidé me l´a demandé gentiment, et d´un ;
Parce que, dans notre monde de microsidérodictyophiles, les techniques, concepts et tours de main — et surtout ceux qui sont un peu originaux — doivent se faire connaître et circuler, et de deux ;
Parce que — et de trois — je me crois capable d´être (Jidé me l´a en tout cas confirmé... avant d´avoir lu ce texte) assez instructif, raisonnablement lisible, répétitif juste ce qu´il faut (voir mes gloses sur La Liste), possiblement incitatif et... pas trop long. Ceci, fort de mon expérience de réalisateur d´un réseau à voie étroite au 1/87e, la ReFeRe (adresse en bas du texte) à base de carton (et de papier).
Dans ce coin de la ReFeRe, cherchons ce qui n´est pas en carton : les bonshommes et les bidons, les rails et les traverses... et un ou deux tuyaux doivent être en bois (brochettes).
Pourquoi le carton, vous impatientez-vous déjà ?
Par excentricité, car il est de bon ton majoritaire de modéliser en plastique (en feuilles, en profilés ou moulé) et/ou en métal (de même), voire en bois, en plâtre ? Plutôt par goût de l´originalité et de l´expérience, de l´invention et de la création. Par refus des matériaux précieux (chers et, surtout, intimidants), par économie (je n´y suis pas strictement obligé), par inclination pour le travail “de chic” — comme on dit chez les peintres (de chevalet) qui se piquent de ne faire ni ébauche, ni croquis, ni étude préalable — car cela m´ennuie de suivre un plan (même le mien), de recopier un modèle ou de monter un kit.
Et puis... ça va tellement bien avec ce que j´ai choisi de représenter au 1/87e, le monde (petit mais besogneux et, somme toute, assez malicieux) des Réseaux Ferrés Réunis, où tout ce qui peut l´être est en concrete.
Voici, puisée (copiée-collée, en français moderne) dans l´excellent glossaire fourni par le site internautique “ReFeRe”, la définition de ce mot — de ce concept, de ce paradigme...

CONCRETE. — D´un mot anglais qui signifie “béton”. L´omniprésence de ce matériau spécial est ce qui frappe l´Occidental qui débarque. C´est un matériau composite à hautes performances et usages multiples, constitué de fibres enrobées dans un liant, très voisin du fibrociment, où l´on n´a pas omis d´incorporer de l´amiante mais où l´ajout — en proportions secrètes — d´adjuvants indicibles garantit au concrete des qualités inouïes. La ReFeRe utilise le concrete pour le soubassement des voies, les structures et les parois du matériel roulant comme des bâtiments, les huisseries, les clôtures, les murs de soutènement, les entrées et les voûtes de tunnel, etc. Sa production, son façonnage et son assemblage sont du ressort de la concreturgie qui s´apprend à l´ASAF [Les mots en italique renvoient à des termes expliqués d´une façon ou d´une autre dans cet ouvrage incontournable.]

Comment le carton ? On y vient
Comme il est écrit dans le même article de la bible-glossaire susdite, “Au 1/87e, le concrete est représenté par du carton (contre-collé, bois, gris...) ou du papier (à aquarelle, à dessin, bristol...), selon l´épaisseur, dont le travail ressortit à la karthèsurgie.”
Concrete ——> Carton ou l´inverse ? Peut-être bien que les trains de la ReFeRe circulent dans un univers de concrete, sont eux-mêmes largement en concrete...
Dans ce “train”, les bases sont des plats à bogies (non moteurs, ils font seulement semblant sous ces contrefaçons de faux autorails) ou une 020 à vapeur (échelle N) sous la “loco&#148 ;; les caisses sont en papier à dessin (échelle H0). Quant au petit lorry ( ?) à gauche...
L´évolution, de gauche à droite, d´une feuille de papier découpée en un curieux wagon trémie à cabine, bien sale. On finira par apprendre, sur le site de la ReFeRe, à quoi ils peuvent bien servir.
... et transportent essentiellement du concrete parce que son directeur général avait choisi le carton pour en représenter l´infrastructure et les superstructures, les choses fixes comme les roulantes (comme les tournantes), à l´échelle H0... Qui est modèle, qui est inspiré (à part moi), où est l´image, où est l´imaginaire, comment reconnaître concrètement le concrete ?
En tout cas, dans notre monde 1:1, il y a carton et carte, papier et papelard... L´épaisseur de ce que j´utilise le plus couramment, m´indique mon pied à coulisse, va de 0,25 mm (papier à aquarelle 300 g grain satiné, assez coûteux mais excellent pour les parois des wagons, les huisseries, etc.) à 3 mm pour du carton-bois voué à figurer des murs. Entre, je mentionnerai le “Vinci 400 g” épais d´un demi-mm et bien sympathique, la cartonnette peu rigide, le contre-collé muséal (de 1 à 2 mm, environ, lisse, vergé ou grenu) fier et solide, le carton gris (2 , 2,5 ou 3 mm) voué au labeur fixe (soubassements, soutènements...).
Ces différentes qualités papetières se trouvent chez les “fournisseurs pour artistes”, en divers formats (jusqu´à 41 x 56, 50 x 65, 60 x 80 et même 80 x 110 cm). Je ne dédaigne pas pour autant le carton de 0,6 mm qui accompagne certaine plaque de chocolat noir, utilise à l´occasion des papiers à dessin lisses minces (150 à 250 g), conserve les tickets de métro (d´une matière excellente pour les plus fines découpes), me méfie de cartons “éco” qui s´épluchent et de bristols glacés mollassons, conserve dans mes çapeutservir du carton finement ondulé, du “peau d´éléphant” ou du “peau d´autruche” et même.. des briques estampées, marque Faller, époque années 1950. Et, dans la famille cellulose en film mince, je citerai, car ils me sont indispensables dans des rôles particuliers, le transparent (fenêtres), l´essuie-tout et le papier à photocopie (montagnes), le papier de verre (toitures et terrasses).
Les matériaux de base, plus ou moins épais, rigides, claquants, lisses, lustrés, grenus... Ce n´est de la récup qu´exceptionnellement, après essais. Le carton gris est gris et le carton bois est crème.
Au bout d´un nombre incalculé d´heures, il reste ceci .
Et pour le travailler et à l´assembler, ce carton-papier ? La panoplie de base du karthèsurgiste est vite inventoriée : un crayon fin, un cutter (moyen, à lame sécable et souvent raccourcie), une grande (1 m) règle graduée lourde (et chère), une réglette métallique (30 cm), une plaque de coupe autocicatrisante, des équerres (type de menuisier), une cale à poncer, un bidon de colle vinylique à bois à prise rapide, un canon à particules, du papier de verre, une paire de pinces à dissection Dumont n° 5 (un vrai luxe), des micro-serre-joints. Et des peintures acryliques (en tube, en bidon...). En effet, nos papiers et cartons n´acquièrent les excellentes propriétés de rigidité, d´imperméabilité et d´immarcescibilité qui en font le matériau épatant que je promeus... qu´une fois peints (et/ou enduits de colle). Et pour peindre, on aura sous la main quelques pinceaux et, surtout, des petits rouleaux (rayon fournitures scolaires) en mousse et un pot de di-hydrure d´oxygène pour diluer couleurs et colle.
Mais, Monsieur le Professeur, Maître, votre boîte à outils est plus fournie que ça ! — Oui, je possède une micro-perceuse (svelte et sans fil) avec forets et disque à tronçonner (les rails), un poinçon, un emporte-pièces, diverses pinces d´électronicien, une loupe-casquette que je ne chausse pas (je devrais), des brucelles, un petit fer à souder, un bidon de super-glu, un autre canon à particules, une fausse-équerre, une lame de scie à métaux, des limes, du rebouche-tout à 2 composants, une brochette, du fil électrique, et tout un fourbi dont je vous épargne l´inventaire. Je pratique un modélisme rapide, intuitif, direct et je ne me plains nullement de n´avoir pas à mettre en route le compresseur, l´aérographe, le logiciel de CAO, la découpeuse laser et le tour-fraiseuse à commande numérique... que je ne possède pas.
Des ANC, armes non conventionnelles, de mon arsenal : un U en alu pour déposer des grains (cailloux, déchets, “ballast” ) avec précision, deux brochettes pour déposer la colle avec parcimonie et quatre exemplaires de canons à particules pour souffler de la poudre (pierre broyée, brique pilée, charbon écrasé...) contre une paroi ou sur un sol qui prendront alors (après repeintures et ponçages) l´air d´avoir été martyrisés par les gens, les produits chimiques, les bactéries concrétiphages et les éléments déchaînés.
 
Je fais un peu de poussière (parfois) mais pas de bruit : la découpe, le ponçage, la décoration et le patinage — et y compris au canon à particules — de tous les éléments du réseau, de la plaque de base aux plus hauts sommets en passant par les tunnels et le wagon-bistrot se font dans le silence et la discrétion propres à la paix des ménages et des communautés, voire à l´écoute sereine de la radio.
Jusqu´où, le carton ?
Premièrement, dans le temps. Matériau pas cher, facile, propre à toutes les audaces architecturales, léger, solide, peignable et imperméabilisable, coupable et découpable, perçable et râpable, ponçable, sciable, gondolable, pliable, etc., le carton mis en forme, collé et enduit est capable d´être très durable. Que peut-on craindre ? Rien de particulier, l´incendie, l´inondation, une météorite lourde... Pas la canicule, en tout cas, je l´ai éprouvé(e). Mais méfiez-vous des insectes amateurs de cellulose et/ou de colle. Je dis ça pour placer une pincée d´entomologie, car des wagons et maisons en carton faits jadis ont passé plus de quarante ans dans une grange : impecs (mes erreurs de jeunesse n´ont pas pris une ride).
Deuxièmement dans l´espace. L´espace du modélisme, s´entend. La technique du papier-carton ne s´applique pas à tout (se casser le cu... tter à faire des roues et des bielles en carton ? Non). En tout cas, elle offre une alternative au bois pour les infrastructures, les chemins de roulement, les ponts, les couples des montagnes... Une alternative au contreplaqué, au plastique ou au stuc pour les murs. Une alternative au grillage et aux bandes plâtrées pour les reliefs. Une alternative au plastique ou au laiton pour les caisses des matériels roulants, les bennes, les grues et les poubelles... Les microdétails hyperfidèles ne sont pas son fort et, comme à la ReFeRe — où vous irez puiser des exemples très divers de mise en oeuvre —, il faudra compter plutôt sur l´allure de l´ensemble et rechercher une ambiance (d´enfer) et pas le look d´une vitrine de supermaquettes. De toute façon, vous ne vous en tirerez pas sans quelques bouts de kits (on peut mêler kitbashing et cartoning), bonshommes en plastique moulé (qu´un super karthèsurgiste, que Jidé a classé affectueusement dans les fous, fait en papier roulé — et très beaux !), rails en maillechort, bases de wagons et de locos ni autre matos électrique(tronique) et objets de récup ou détournés, dans la même veine du “modélisme modeste” (le MoMo, pas trop misérabiliste, tout de même !).
À vous de jouer !
Voilà, avec des matériaux courants, très bon marché, faciles à travailler et à assembler, on peut y aller gaiement : se lancer dans le modélisme ferroviaire, explorer de nouvelles voies, changer de décor... Créez librement, essayez, risquez, jugez, décollez, recoupez, refaites, en mieux et en plus beau. Le métier s´apprend sur le réseau. Surtout, amusez-vous bien...

P.-S. : Maintenant, vous pouvez cliquer sur http://perso.wanadoo.fr/a.f/tr.htm pour (re)visiter la ReFeRe, lire les “considérations” sur la fabrication des wagons et celles sur la peinture, vérifier la citation du Glossaire, compulser les Albums...
Une belle pièce de karthèsurgie : murs de soutènement, colonnes, plates-formes suspendues...
... qu´on voit ici mise (collée) en place sur le réseau, à l´arrière, dans un autre monde où le concrete devient franchement oppressant : on en a sous les roues, plein les yeux et par-dessus la tête. Et ce n´est qu´un exemple de tout ce que vous pouvez voir dans le monde de la ReFeRe.
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Alain
Fraval

Janvier 2004.
N.-B. — Toutes les photos sont ReFeRe/Alain Fraval pour Ptitrain.
N.D.L.R. Quelques mots de grec ? Micro : miniature  ; sidéro : fer  ; dictyo : réseau  ; phile : amateur...
Ptitrain, l´e-magazine du train éclectique — Directeur de la publication : Christophe Franchini.
Rédacteur en chef : Jean-Denis Rondinet. — Rév. DreamMX 21-02-2007 23:13